La religion et l’Evangile (Luc 15.25-32)
Pierre-Sovann | 2 décembre 2008Voici un résumé de ma prédication de dimanche. Dans le texte de Luc 15.25-32 Jésus met en scène un fils qui a toujours obéi à son père et qui, pourtant, est visiblement séparé de lui. Jésus nous montre ici que la religion sépare de Dieu tout autant que l’irréligion mais en racontant cette histoire, il propose une troisième voie, celle de l’Évangile.
I. Le frère aîné est perdu.
Le frère aîné est tout aussi perdu que son plus jeune frère. Comme son frère cadet, il est dehors. Comme son frère cadet, son père sort vers lui et il le supplie d’entrer. Ce que montre Jésus, c’est qu’on peut être avec Dieu et loin de Dieu. On peut être quelqu’un de moral, de religieux et être séparé de Dieu. Le problème principal de l’homme n’est donc pas sa désobéissance, car même lorsqu’il obéit à Dieu, il est séparé de lui. On peut ainsi obéir en toutes choses à Dieu et être pourtant perdu. Pourquoi ?
II. Le frère aîné est perdu à cause de son obéissance.
Comment notre obéissance peut-elle plus nous séparer de Dieu que notre désobéissance ?
A cause de son obéissance à Dieu, nous avons le sentiment de ne pas avoir vraiment besoin de lui : nous menons une vie décente et respectable par nos propres forces. En fait, nous avons plutôt l’impression que c’est nous qui faisons quelque chose pour Dieu, et pas l’inverse ! Le problème, c’est que lorsque notre monde s’écroule, on a l’impression que c’est parfaitement injuste, parce que nous sommes des gens bien, et donc que Dieu doit nous traiter mieux que ça. Ainsi, notre obéissance nous sépare de Dieu, car alors elle devient seulement un moyen pour obtenir quelque chose de lui, un moyen pour gagner sa faveur, un moyen pour l’instrumentaliser afin d’obtenir ce que nous voulons vraiment.
Le frère aîné se savait juste. Du coup, il se met en colère et reproche à son père de dilapider son héritage. Il pense qu’il a son mot à dire parce qu’il a obéi. Il se dit qu’il est quelqu’un de bien, qu’il a obéi, et qu’il a donc des droits. Tout ce qu’il veut, c’est juste ses droits. Et lorsque notre moralité devient un moyen de faire valoir nos droits sur les autres ou sur Dieu, alors on est exactement dans le même état que le fils aîné : on est séparé de Dieu à cause de notre obéissance.
III. Le frère aîné peut-il être sauvé ?
La différence entre en chrétien et quelqu’un de simplement religieux, c’est que le chrétien sait qu’il ne doit pas seulement se repentir de sa méchanceté, mais qu’il doit aussi se repentir de sa confiance en sa propre bonté. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’il faut abandonner l’idée que c’est en étant quelqu’un de bien que Dieu nous sera favorable.
Remarquons que Jésus ne termine pas l’histoire qu’il raconte : il ne dit pas si finalement le fils aîné accepte d’entrer ou s’il repart en étant toujours aussi furieux. Pourquoi ? C’est parce que Jésus s’adresse à des hommes religieux pour les avertir d’un danger dont ils n’ont pas conscience : ils sont tout aussi perdus que les pires des pécheurs, non pas à cause de leur désobéissance, mais à cause de leur obéissance. Jésus enseigne ici qu’on ne peut pas être sauvé en obéissant, parce que le seul fait de vouloir gagner son paradis nous sépare de Dieu. Dieu ne veut pas que nous gagnions notre salut, il ne veut pas que nous le méritions. Dieu n’est pas comme ça ! Dieu est un Dieu de grâce : il nous présente un salut gratuit. Notre tentative de l’acheter ne peut donc aboutir.
Alors si Jésus ne termine pas la parabole, c’est pour laisser une porte ouverte aux gens qui sont perdus à cause de leur obéissance. Jésus plaide avec tous les fils aînés et leur dit que s’ils viennent à lui, s’ils cessent de se fier en leur propre obéissance pour leur mais qu’ils acceptent simplement sa grâce, alors il les recevra. C’est coûteux pour des personnes orgueilleuses comme nous d’accepter la gratuité du salut, mais il faut bien comprendre que puisque Jésus a déjà tout payé à notre place, nous ne pouvons aucunement contribuer à notre salut. Et si c’est le cas, alors nous devons accepter l’offre qui nous est faite et venir participer à la fête que Jésus donne.
Le texte complet de la prédication est disponible en pdf : La religion et l’Évangile. Cette prédication a également été enregistrée et sera bientôt disponible sur la page « messages » de l’Église des Ternes aux formats mp3 et wma.





