Artisans de paix (Mt 5.38-48)
Pierre-Sovann | 12 avril 2011Voici le résumé de la prédication que j’ai donnée le 4 juillet 2010 à la Rencontre du Dimanche Soir de l’Eglise de la rue de Sèvres sur le texte de Matthieu 5.38-48 dans lequel Jésus exhorte ses disciples à s’abstenir de vengeance et à aimer tous leurs prochains. Explication d’un texte difficile :
I. Qu’enseigne Jésus dans ce passage ? (v.37-43, 44-47)
Dans toute cette section du sermon sur la montagne (5.21-48), Jésus oppose son enseignement à celui « des scribes et des pharisiens » (5.20) qui avaient une interprétation très littérale mais qui détourne d’une manière ou d’une autre de la finalité divine de ces commandements. Mais Jésus, lui, explique véritablement le sens de la Loi. Par exemple, l’adage « œil pour œil, dent pour dent » n’a jamais eu pour finalité de justifier une forme de vendetta. Au contraire, les textes de l’Ancien Testament qui font appel à cette maxime assigne précisément le rôle de rétribution aux juges du peuple. Dans l’Ancien Testament déjà, « œil pour œil, dent pour dent » s’opposait à la vengeance interpersonnelle et établissait une justice institutionnelle. Mais les scribes et les pharisiens sortaient la phrase du contexte pour justifier la vengeance. Jésus s’oppose à eux, expliquant clairement qu’il attend de ses disciples qu’ils se conforment au principe de non-vengeance lorsqu’on s’attaque aussi bien à notre dignité, qu’à nos droits, notre liberté ou nos possessions.
De même, Jésus s’oppose à l’interprétation restrictive du « tu aimerais ton prochain » que certains spécialistes de la Loi donnait pour ménager une place à un précepte contraire : « tu détesteras ton ennemi ». La stratégie visée est celle que les humains mettent naturellement en place lorsque Dieu demande l’amour du prochain : celle qui consiste à poser la question « Qui est mon prochain ? » et à répondre dans la foulée « celui qui m’aime et que j’aime, mais pas les autres ». Mais non ! Jésus s’oppose à cette interprétation. Ses disciples doivent considérer chacun, même son ennemi, comme son prochain et lui faire du bien autant qu’il le peut.
Un tel enseignement de Jésus devrait nous mettre mal à l’aise, parce qu’il nous place face à nos manquements.
II. Comment pouvons-nous appliquer un tel enseignement ? (v.44, 48)
Comment vivre cette vie que Jésus veut que nous vivions ? En réfléchissant à la manière dont Dieu nous a traités lorsque nous étions encore ses ennemis. Depuis notre naissance, nous sommes tous orientés contre Dieu, voulant vivre comme bon nous semble, n’en faisant qu’à notre tête. Cette orientation nous place dans une situation d’inimitié avec Dieu. Alors comment Dieu a-t-il répondu à ce mal que nous lui faisons ? Il aurait pu se contenter de nous condamner en toute justice à une séparation éternelle et totale d’avec lui qui aurait signifié pour nous un malheur éternel, et nous n’aurions pas eu à nous en plaindre. Mais Dieu nous a fait du bien alors que nous méritions d’être punis le plus sévèrement. Il nous a donné non seulement de bonnes choses comme le soleil et la pluie qui permettent la vie humaine, mais plus encore, il s’est donné lui-même pour nous, en la personne Jésus-Christ, pour vivre la vie que nous devrions tous vivre et souffrir la mort que nous devrions tous souffrir. C’est en contemplant ce que Dieu a fait pour nous alors que nous étions encore ses ennemis que nous pouvons commencer à rendre le bien pour le mal, à cesser d’être obsédés par les atteintes qui sont portés à notre dignité, à nos droits, à notre liberté ou à nos biens, à faire du bien à ceux qui nous font du mal et à prier pour ceux qui nous persécutent.
Le texte complet de la prédication est disponible en pdf : Artisans de paix.





